Cela vient de la majorité conservatrice qui domine l’Union européenne. La connaissance économique de cette majorité au Parlement européen, à la Commission et au Conseil semble se limiter aux coupes budgétaires et à la levée de nouvelles taxes, comme le montre leur Pacte de compétitivité. Les sociaux-démocrates européens ont une autre réponse à offrir : nous voulons créer de l’emploi et une croissance durable en nous appuyant sur l’investissement public. Nous sommes de ce fait convaincus qu’une réforme à trois niveaux est nécessaire : au niveau de la gouvernance économique, au niveau de la réforme financière et au niveau de la gestion d’entreprise.
Les conservateurs du Parti populaire européen et les libéraux au Parlement européen sont opposés à toute réforme fondamentale du programme de gouvernance économique hérité de la Communauté européenne : des bilans budgétaires stricts à tout prix semblent être le mantra de ces obsédés de l’équilibre budgétaire. Resserrer les politiques fiscales peut peut-être améliorer les budgets à court-terme, mais pas les perspectives des chômeurs ou de ceux qui vivent dans la pauvreté. «L’austérité généralisée » pourrait annihiler toute chance de relance économique et menacer l’économie européenne à long terme. Des négociations entre le Parlement européen et le Conseil sont en cours. D’ici à juin 2011, un accord politique plus équilibré devrait être trouvé.
En tant que parti progressiste européen, nous croyons en un budget de l’Etat équilibré- c’est-à-dire un budget qui puisse être flexible dans les moments difficiles afin de soutenir l’économie, mais qui puisse également engendrer des bénéfices dans les bons moments pour financer les défis de l’avenir. Dans le contexte économique actuel, avoir un budget équilibré ne peut pas être notre seul objectif. Une stratégie d’investissement intelligente est nécessaire pour créer de l’emploi et générer de la croissance ; nous plaidons pour la mise en place de changements structurels comme les investissements verts, l’augmentation de la productivité et du niveau d’éducation, la réduction des inégalités sociales et l’introduction d’une Taxe sur les transactions financières. Cette taxe pourrait générer 200 milliards d’euros par an.
Une étude récente de la FEPS (Fondation européenne d’études progressistes) a comparé notre stratégie d’investissement avec l’approche d’austérité généralisée des conservateurs. L’étude souligne que le taux de croissance serait en moyenne supérieur de 2 points sur les dix prochaines années si notre stratégie était mise en place. Les changements structurels de l’économie européenne réduiraient significativement le taux de chômage d’ici à 2020. En 2015, le chômage serait de 5,4 millions d’emplois inférieur à celui d’une politique conservatrice. Les changements structurels créeraient de l’emploi grâce aux investissements verts et aux emplois dérivés de l’augmentation de la demande de l’économie. Pour nous, le choix est clair : voulons nous créer 5 millions d’emplois supplémentaires ou pas ?
Nous plaidons pour ces raisons en faveur d’une Taxe sur les transactions financières comme revenu supplémentaire et comme outil pour décourager la spéculation. Pour mettre le Conseil européen sous pression et parvenir à une proposition législative, nous sommes prêts à commencer une initiative citoyenne d’ici à la fin de l’année et à essayer de recueillir un million de signatures. Et bien sûr, des investissements publics d’envergure ne peuvent être financés que si nous créons des euro-obligations (ou Eurobonds).
Au niveau de la régulation financière, de nouvelles étapes ont été franchies avec une nouvelle structure de régulation, une régulation des fonds spéculatifs et une directive sur le capital de solvabilité. Il reste cependant beaucoup de travail si nous voulons vraiment faire du secteur financier un secteur au service de l’économie réelle. Il reste beaucoup à faire pour combler les lacunes de la régulation financière, en particulier en ce qui concerne les banques et institutions financières considérées comme « trop grandes pour faire faillite ». Il nous faut des tests de résistances plus fiables et contraignants. Enfin, l’interdiction de certains instruments financiers complexes à haut risque sans valeur sociale ajoutée doit être envisagée.
De nouvelles règles ne peuvent être effectives que si elles sont correctement appliquées ou imposées. Pour cela, nous avons besoin d’un changement complet de mentalité au niveau du corporatisme financier. Malgré l’adoption d’une directive sur le capital de solvabilité qui dit que les bonus devraient êtres proportionnels au salaire fixe et qu’ils ne peuvent être payés par avance, il reste beaucoup à faire. En effet, des chiffres publiés récemment par les banques montrent une tendance claire vers un retour du commerce habituel. D’après le Wall Street Journal, les 25 plus grandes institutions financières ont payé en 2010 un montant record de 135 milliards de dollars en bonus, ce qui est une augmentation de 6% par rapport à 2009. En Europe, la même tendance se met en place. Nous ne sommes pas contre la juste rémunération d’un travail bien fait ; mais ce genre de pratiques sont complètement injustes, contraires à l’éthique et déraisonnables car un certain nombre de ces entreprises n’ont survécu que grâce à l’impôt des particuliers et ont renvoyé de nombreux employés. Pour éviter une nouvelle crise, nous croyons en une meilleure gestion du risque par des organismes de contrôle plus forts et indépendants. Nous sommes également en faveur d’un rôle plus actif des actionnaires dans les politiques de rémunération. Enfin, il nous faut des règles plus strictes sur la composition des conseils d’administration : un nombre limité de mandats afin d’investir plus de temps et d’énergie dans chaque mandat (test des critères d’aptitude et d’honorabilité).
L’Union européenne est face à un choix simple. Si nous prenons la voie de la droite, nous choisissons une Union européenne dure qui impose des coupes budgétaires affectant les citoyens ordinaires. Nous autorisons la pérennité des bonus et nous mettons un terme à l’investissement pour les défis sociaux du futur. Si nous choisissons la voie de la gauche, nous nous dirigeons vers une Europe où 5,4 millions d’emplois supplémentaires seraient créés, où l’Union européenne investirait dans les défis à long terme. Une Europe juste et verte. Nous, les progressistes, avons fait notre choix.


