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Interview des militants du PSE : Martin Schulz, septembre 2006

Martin Schulz, le président du groupe socialiste au Parlement européen est notre interviewé de septembre. Quelles sont les stratégies du groupe socialiste pour doter l'UE de structures plus démocratiques? En quoi le travail et la coopération entre socialistes sont-ils différents au Parlement européen par rapport aux parlements nationaux?

Devenez militant/e et posez vos questions aux leaders européens.



Kathrin:
C'est quoi la différence entre le PSE et le PES? En surfant sur le site du Parlement, on tombe toujours sur "PSE" mais quand je suis devenue militante et que j'ai regardé la page du parti, j'ai toujours trouvé "PES". C'est la même chose ou y a-t-il une différence?

Martin Schulz: Il n’y en a aucune. C’est purement une question linguistique.


Aleksander: Lieber Martin, est-ce que tu trouves que l'articulation de l'agenda du PSE et du Groupe parlementaire au Parlement européen est satisfaisante?
Comment comptes-tu l'améliorer notamment pour permettre une meilleure médiatisation de l'action du PSE dans son ensemble?

Martin Schulz: Je crois que l’agenda du PSE et celui de son groupe parlementaire sont bien articulés. Nous avons d’excellents liens de coopération et sommes capables d’adapter nos positions même sur des questions relatives à la ligne à suivre durant le vote de directives individuelles. Il existe un échange régulier, voire presque quotidien, entre le leader du PSE et moi-même. Celui-ci participe activement à toutes les réunions du Bureau du Groupe du PSE, où nous définissons notre ligne politique sur les différents thèmes. Par ailleurs, moi-même ou l’un de mes représentants participons aux réunions de la Présidence du PSE. Ainsi, l’échange d’informations est constant et il est excellent.


Francisco: Pensez-vous qu'il soit souhaitable d'établir des listes transnationales aux prochaines élections européennes, sur une circonscription européenne unique? Et le PSE doit-il devenir un véritable parti politique au niveau européen, auquel le Groupe serait plus ou moins soumis , sur le modèle national?
Martin Schulz: Je suppose que ce serait le modèle idéal, dans un avenir que nous espérons n’être pas trop éloigné. Nous nous en rapprochons du reste. L’identification à un parti européen est quelque chose d’assez prioritaire pour beaucoup de jeunes électeurs et ce serait un pas de plus vers la création d’une véritable identité européenne. Une circonscription européenne unique et surtout un système électoral européen unique refléteraient sans doute mieux les désirs et préférences des électeurs. Toutefois, nous devons rester réalistes et ne pas oublier que nous n’en sommes pas encore là. Beaucoup de partis membres nationaux ne désirent pas abandonner leur indépendance.


James: Martin, j'ai l'impression que le sentiment d'appartenance à un pays compte plus pour les députés européens que leur appartenance au groupe. Il existe par ailleurs encore cette vieille coutume du consensus au Parlement européen, qui souvent amoindrit le rôle du chef de file. Est-ce difficile d'arriver à une coopération au sein du groupe socialiste? Avez-vous constaté un changement vers un plus grand esprit d'équipe durant les dernières années?

Martin Schulz: Je ne suis pas d’accord. Le Groupe du PSE a été le groupe le plus actif au PE et il a façonné la politique au Parlement et en dehors, même s’il n’est que deuxième en nombre de députés. Cela a été possible grâce un niveau élevé de cohésion et de discipline de vote au sein du groupe, ce qui indique bien que beaucoup de compromis ont été trouvés malgré les différences nationales. C’est même l’un de nos grands succès et j’en suis très fier. Une instance multinationale et multiculturelle ne peut fonctionner que dans le respect mutuel et la tolérance par rapport aux positions de tous et parfois, il faut sacrifier sa position pour le bien de tous. Ça fonctionne bien au sein du Groupe du PSE mais bien sûr, je ne peux parler pour les autres partis politiques. Evidemment, à l’occasion, il existe des divisions nationales irréconciliables sur des points très isolés. Nous ne forçons par le vote dans ces cas-là mais nous acceptons que les gens votent différemment à condition que cela soit clairement expliqué et justifié.


Dan: On suppose toujours que la démocratie est la garante de certains avantages pour les citoyens en matière de bien-être, de liberté, de sécurité ou plus généralement de leur qualité de vie par rapport à d'autres régimes, comme les régimes technocratiques ou autoritaires. Cela semble vrai pour la démocratie au niveau local, régional et national dans les états membres de l'UE. Mais la démocratie au sein de l'UE et du Parlement européen ne représente-elle pas autre chose, comme par exemple une coordination des politiques nationales, la créations d'institutions européennes et plus d'engagement dans d'autres régions du monde?

Martin Schulz: Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question. Pour moi, la démocratie au niveau européen, cela signifie un sens de la responsabilité dans la prise de décision européenne, un système de freins et de contrepoids par les représentants élus librement par les citoyens et qui agissent en prenant compte la volonté, les préoccupations et les intérêts de leur électorat, à l’instar des parlements nationaux. Le fait que les responsabilités et les problèmes dans une instance multinationale et multiculturelle diffèrent d’un parlement national, comme vous le suggérez dans votre question, ne change en rien le sens de la démocratie.


Nils: Cher Martin, nous avons tous suivi avec grande inquiétude la formation de la nouvelle coalition entre le SMER et le SNS en Slovaquie. Le PSE décidera de l'expulsion du SMER lors de la prochaine réunion de la présidence. Dans de telles conditions, les eurodéputés slovaques peuvent-ils rester au sein du groupe socialiste? Ne faudrait-il pas qu'ils publient au moins une déclaration ouverte disant qu'ils sont en désaccord avec la coalition en Slovaquie? Quel est ton avis sur ce thème si sensible?

Martin Schulz: Un parti du PSE qui entre dans une coalition avec un autre parti connu pour son programme de droite extrémiste et contraire à toutes nos convictions et valeurs, comme c’est le cas du SNS, voilà quelque chose qui n’aura jamais dû se produire. J’ai clairement déclaré à plusieurs reprises qu’un tel parti viole les statuts du PSE et ne peut en être membre. Comment faire avec les députés du SMER dans notre groupe ? Cela dépend en grande partie de la décision de la Présidence du PSE, que nous appliquerons bien évidemment. Je peux imaginer qu’une déclaration, disons, de dissociation par rapport à la coalition en Slovaquie serait le minimum requis.


Paul: Quelle attitude adopter à l'égard des belligérants au Liban - l'un, une milice privée et l'autre, un Etat. Veut-on dialoguer avec un groupe terroriste lié à des Etats radicalement anti-démocratiques? Quelles mesures proposons-nous pour assurer la maîtrise du gouvernement libanais sur son propre territoire?

Martin Schulz: Je pense que nous devons ouvrir le dialogue avec le Hamas une fois que celui-ci aura confirmé son adhésion au principe de la non violence, non seulement par la parole mais aussi par les gestes. Le récent conflit au Liban, la situation actuelle en Palestine et la crise au Proche-Orient en général constituent de sérieuses menaces à la paix et à la sécurité internationale. La Résolution 1701, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU, constitue une opportunité d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de la région. L’Union européenne a une responsabilité toute particulière dans ce processus, surtout parce que nous parlons d’une région voisine de l’Europe. Dans sa propre résolution sur le Proche Orient, adoptée par une large majorité, le Parlement européen s’est réjoui du rôle actif joué par les états membres de l’UE dans le renforcement des forces de la FINUL au Sud Liban. Par ailleurs, nous avons souligné encore une fois qu’il n’y avait pas de solution militaire à la situation au Proche Orient et qu’aucune paix ne serait durable sans que les parties directement ou indirectement impliquées ne fassent montre de volonté politique afin de s’attaquer aux causes profondes de la crise, en particulier en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. Nous devons être conscients des enjeux présents. Puisque les solutions proposées par les Etats-Unis ont complètement échoué, contribuant grandement contribué à la situation actuelle, nous les Européens sommes à présent devant une occasion historique mais aussi une responsabilité historique. L’Europe a formulé la réponse adéquate à ce défi tant en ce qui confirme les efforts de maintien de la paix qu’à la Conférence des donateurs pour le Liban à Stockholm. Mais nous ne devons jamais oublier que le gros du travail reste à faire. L’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU exige un fort engagement de la part de la communauté internationale et l’UE doit jouer un rôle de premier plan. Par conséquent, ma réponse à votre question est : l’UE doit jouer un rôle majeur au Proche Orient et elle le fera, non seulement dans le maintien de la paix mais aussi dans la recherche d’une paix juste et durable et de la prospérité économique et sociale de la région.


Sue: Cher Martin - pouvez-vous me donner votre opinion sur la façon dont vous croyez que la politique du groupe socialiste va évoluer dans le débat liberté/sécurité, au vu des récents incidents terroristes?

Martin Schulz: C’est une question à laquelle il est difficile de répondre de façon concise et elle est liée à la précédente. Une chose est claire : l’approche militaire unilatérale de l’administration Bush a échoué. La lutte contre la terreur ne peut être remportée uniquement avec des moyens militaires. L’UE peut jouer un rôle prépondérant car elle jouit encore d’une certaine crédibilité et de la confiance des interlocuteurs en tant que négociateur et médiateur dans de nombreuses régions du monde. Bien sûr, nous devons être unis et parler d’une seule voix sinon nous perdrons de l’impact. Le multilatéralisme et la coopération étroite, et donc le renforcement du Conseil de sécurité de l’ONU, sont la seule voie à mes yeux.



Ian: J'ai entendu dire qu'il existe une proposition de créer un groupe LGBT (lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transsexuels) au sein du PSE, qui fonctionnera de façon semblable au PSE Femmes - quel est votre opinion à ce sujet? Comment croyez-vous que nous socialistes pouvons faire un travail de lobbying de façon à défendre efficacement les droits des LGBT en Europe, aussi et plus particulièrement dans les nouveaux états membres? Le Parlement européen peut-il contribuer à plus d'uniformité dans ses accords de partenariat?

Martin Schulz: Je pense qu’il s’agit d’une bonne idée que d’avoir un organe au sein du parti pour suivre la situation dans les états membres et demandant une action le cas échéant. Le Groupe socialiste au Parlement européen a toujours lutté contre l’homophobie et a toujours pris une position claire lorsque nous avons été confrontés à des événements alarmants dans certains membres, comme cela a été le cas récemment et nous continuerons de le faire. L’égalité de traitement et la non-discrimination sont deux de nos valeurs fondamentales.



Michaël: La Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l'Europe a été ouverte à la signature le 1er février 1995 et signée depuis par vingt-sept États membres sur trente-quatre. A ce jour, la Belgique n'a pas encore ratifié cette convention. Avez-vous l'intention d'alerter les mandataires belges et de leur conseiller la ratification de ladite convention afin qu'enfin, notre pays devienne un havre de paix linguistique?

Martin Schulz: Je n’étais pas au courant de cette situation jusqu’à aujourd’hui et franchement, je trouve cela surprenant, même si je connais, bien sûr, les tensions et rivalités existant entre les trois groupes linguistiques en Belgique. Je parlerai de ce thème avec mes collègues belges.


 
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