Chat avec Poul Nyrup Rasmussen, 11 juillet 2006


Pedro Ribeiro: je crois qu'il est important que le PSE permette la création de sections de militants du PSE dans les pays où le PSE a des partenaires.
PN Rasmussen: Cher Pedro, je suis tout à fait d'accord. Notre nouvelle initiative sur les Militants marquera la différence pour le PSE et les partis nationaux. Il y a encore tellement de choses à faire et je me réjouis de voir beaucoup de militants du PSE lors de notre congrès du PSE à Porto les 7 et 8 dcembre de cette année. Nous avons besoin de vous.


OleHall: Where would you like EU to be in 10 years? And how will you get it there?
PN Rasmussen: J'ai un rêve, un rêve réaliste d'une Europe sans concurrence entre les états membres mais avec une concurrence juste entre entreprises et des services pour financer nos états-providence. Le rêve d'une Europe basée sur la justice, des droits minimums pour les travailleurs afin de garantir que cette Europe n'est pas un continent de dumping social mais en faveur d'une requalification permanente de nos citoyens. Ainsi, nous pourrons garantir de façon continue plus d'emplois et de meilleure qualité dans l'économie mondiale. J'ai le rêve d'une Europe basée sur la tolérance et l'égalité de traitement pour tous les citoyens, y compris les immigrés, en tant qu'avant-garde pour un dialogue fort avec le monde arabe également, sur la base du respect et du progrès social. Le rêve d'une Europe - une nouvelle Europe sociale - où chacun ne sera pas perdu, même si parfois on a perdu quelque chose. Le rêve d'une Europe où notre voix, nos valeurs, nos ambitions de paix et de justice ne seront pas seulement des éléments internes mais feront partie du nouvel agenda social mondial. Je vous le dis, cela ne prendra pas dix ans, il nous revient de prendre les décisions en ce sens, moyennant un PSE de plus en plus fort.


Fabienne: La coupe du monde de foot a montré que les Européens (les autres aussi d'ailleurs) sont très attachés à leur nation. Ne pensez-vous pas que le nationalisme exacerbé est contraire à l'idée européenne?
PN Rasmussen: Chère Fabienne, sur la voie de la politisation de l'Europe, nous voyons encore des exemples et des signes de nationalisme et populisme croissant. Pas partout, mais bien dans certains pays: la Pologne, par exemple. le PSE doit être un parti qui n'acceptera jamais de rester passif face à ces évolutions, même si nous voyons de tels exemples dans notre propre famille. C'est la raison pour laquelle nous avons réagi de façon cohérente face à la nouvelle coalition gouvernmentale du SMER-SD avec le SNS et le HZDS. Notre crédibilité ne dépend pas seulement de ce que nous critiquions le gouvernement populiste polonais mais avant tout de ce que nous tirions les bonnes conclusions pour notre parti. Tout ceci n'a rien à voir avec le football. Vous savez, nous avons tous besoin de champions! Et il n'y a pas d'autre atelier, d'autre firme ou d'autre équipe où tant de minorités ethniques sont représentées par les meilleurs joueurs des nations. Dans un certain sens, le football dépasse les frontières et constitue un pont pour l'amitié et la compréhension entre les cultures et les peuples.


Socialist: How do you explain that a socialdemocratic party like SMER-SD in Slovakia has formed a coalition government with an extreme-right party, SNS? Will SMER-SD be expelled from the PES?
PN Rasmussen: A tous ceux qui m'ont posé la question sur la Slovaquie. Chers amis, nous ne pouvons défendre ni expliquer, ni accepter une coalition gouvernementale où un de nos partis entre au gouvernement avec un parti nationaliste comme le SNS. Nos valeurs et notre congrès de 2001 sont très clairs. Dans notre charte, il est stipulé que "que les partis membres du PSE doivent s'abstenir de toute forme d'alliance ou de coopération à tout niveau avec n'importe quel parti politique qui incite ou tente de promouvoir les préjugés ethniques ou raciaux et la haine raciale".



Nous avons donc pris l'initiative d'organiser une présidence extraordinaire en septembre et j'ai proposé à nos partis membres que la présidence prévoit la suspension du parti slovaque, selon nos statuts.



Il s'agit d'une lutte politique continue. Il y aura toujours des tendances nationalistes, xénophobes. C'est pourquoi il nous fait être conséquents et il faut voir notre réaction comme un soutien supplémentaire pour les nouveaux espoirs en Europe: le nouveau gouvernement en Italie après Berlusconi, le deuxième mandat pour notre Parti socialiste hongrois et d'autres signes positifs aux Pays-Bas, bientôt, et en France. Vous voyez, si vous ne trouvez rien, vous ne comptez pas.



José Luis Zapatero et le PSOE espagnol ont également montré l'exemple. Nous parlons tous d'Alliance des Civilisations et les Espagnols sont en train de la promouvoir de façon très cohérente et avec beaucoup de succès. Tony Blair au Royaume-Uni a également adopté des mesures progressistes de ce type.


Sauvard: Je pense que l'Europe ne pourra se réconcilier avec ses citoyens que si elle a un projet clair. Dans ce cadre, quel est la position du PSE sur l'avenir à moyen et long terme de l'Europe, sur le plan institutionnel (Structure fédérale ? Réseau de collaborations renforcées ? Mélange des deux autour d'un noyau dur ?) et sur le plan de ses frontières ?
PN Rasmussen: Cher Sauvard, soyons clairs. Les gens ordinaires veulent une Europe qui répond à leurs inquiétudes, à leurs espoirs pour l'avenir. Comment trouver un nouvel emploi? Comment mes enfants bénéficieront-ils une bonne éducation, comment leur garantir une sécurité? Comment garantir à mes parents une vie décente dans la vieillesse? Le rôle de l'Europe est d'ajouter aux trois autres niveaux démocratiques, afin de formuler les réponses à ses inquiétudes. Nous devons à l'avenir garantir un travail meilleur et mieux coordonné au niveau local, régional, national et européen. On ne peut pas dire que l'Europe doit prendre la place des trois autres niveaux. Il s'agit que l'Europe remplisse son rôle en coopération et ensemble avec les trois autres niveaux. La réponse n'est donc pas de savoir si nous devons être plus fédéraux ou plus orientés vers la coopération. La réponse est la suivant: le présent traité de Nice ne peut fonctionner et contribuer à la richesse des gens et des nations alors que nous nous élargissons à 28 ou 30 membres. Par conséquent, nous avons besoin d'un meilleur traité. D'une part, nous sommes confrontés au "non" français et néerlandais mais parfois, nous oublions qu'il y a eu un "oui" dans 16 autres pays, avec des référendums clairs en Espagne et au Luxembourg. La réponse est donc claire: nous devons avoir un traité plus fort afin de garantir notre nouvelle Europe sociale et une voix forte de l'Europe dans le concert des nations du monde. Si nous commençons en ce sens par demander aux gens "êtes-vous d'accord pour dire que c'est ce dont nous avons besoin?", je crois que nous arriverons à un soutien de leur part.


Yildiz Akdogan: Cher Poul, j'apprécie vraiment votre travail. Je suis curieux quant à l'avenir de la Turquie dans l'Union. Il semble que Chypre sera le grand problème pour les deux parties - l'UE et la Turquie. Par ailleurs, les signaux venant de l'UE peuvent malheureusement aider l'aile conservatrice et nationaliste en Turquie. Par rapport aux prochaines élections en Turquie, je crois qu'on aura un grand problème en décembre. J'aimerais savoir le point de vue du PSE sur ce point?
PN Rasmussen: Cher Yildiz, la Turquie appartient à l'Europe mais l'adhésion sera un processus long et sincèrement, nous ne savons pas encore si le résultat final sera une adhsion de facto. Cela dépendra du processus de réformes dans les années à venir ... mais c'est bien notre objectif. Toutefois, j'ai constaté trop d'évolutions négatives depuis la rouverture des négotiations. Il semble que les réformes sont pratiquement arrêtées. Pensez à la façon dont la police agit lors d'une manifestation de femmes, ou encore l'interdiction des syndicats des enseignants parce qu'ils voulaient enseigner en langue kurde pour la minorité kurde...

Je suis très conscient de l'équilibre ncessaire pour ne pas augmenter les contradictions et luttes entre les conservateurs et les nationalistes par rapport au gouvernement en Turquie. Mais depuis le général Kemal Attatürk a modernisé la Turquie, il y a eu une lutte permanente, un travail continu pour garantir la durabilité de cette modernisation. L'Europe doit connaître son rôle et contribuer à faire en sorte que la Turquie ne lui tourne pas le dos. Mais nous ne pouvons ni ne devons reprendre les dbats et luttes internes entre les différents acteurs et partis en Turquie.

C'est pourquoi le PSE a créé un groupe à haut niveau sur la Turquie, présidé par George Papandreou et Paavo Lipponen, pour maintenir des contacts et avoir accès aux informaitons, promouvoir le dialogue entre le PSE et les grands interlocuteurs politiques en Turquie.

Nous pouvons les inspirer, formuler une vision, aider mais au final, ce sera le choix de la Turquie elle-même.


Ilia_BG: Dear Mr. Rasmussen, in your view, what would be the future of new MS's like Bulgaria and Romania once they join the EU. Is there a danger of them being perceived as 'second-class members'? Or even second-class NEW members, compared to the big favourites - e.g. Poland, Czech republic and Slovenia?
PN Rasmussen: Cher Ilia, depuis que je suis petit, j'ai toujours été contre une différenciation entre les peuples et les nations sur la base des préjugés. Soyons clairs: nous voulons que la Bulgarie et la Roumanie soient des membres de plein droit de l'UE dès le 1 janvier 2007. Le premier ministre bulgare Serguei Stanichev fait un boulot formidable. Lui même et son parti, le Parti socialiste, ont fait plus pour l'adhésion de la Bulgarie en un an que tous ses prédécessuers. Nous voyons des progrès en matière de justice et dans la lutte contre la corruption. En Roumanie, le nouveau leadership du Parti social-démocrate roumain, avec Mircea Geoana, influence au quotidien la société et modernise le parti dans une voie très progressiste. Donc, Ilia, la Bulgarie et la Roumanie ne sont des pays de second rang mais bien de premier rang. Il y a seulement deux semaines, au Parlement européen et au sein de notre groupe socialiste, j'ai souligné que lorsqu'on parle de l'adhésion à l'Eurozone, ou encore de comment avoir un accès juste aux fonds de cohésion et structurels, les dix nouveaux états membres ne sont pas des pays de second rang non plus. Pour moi, c'est simple: nous appartenons tous à la même famille. L'UE doit être comme le PSE: lorsqu'on est membre, on est membre de plein droit.


Stephanie Fenech, Malte: J'aimerais connaître votre opinion sur le rôle des jeunes au sein du PSE. Comment motiver les jeunes à participer directement aux différents niveaux de prise de décision à travers le scrutin. Merci et bon boulot!
PN Rasmussen: Chère Stéphanie, nous ne réussirons pas à changer l'Europe pour le mieux, ni à changer nos sociétés dans un sens positif sans des jeunes engagés. La première chose que je peux vous proposer, c'est de dire à tous les jeunes qui sont membres des partis nationaux de devenir des militants du PSE.

J'ai vu dans de nombreux parlements nationaux que de jeunes députés peuvent apporter un nouveau souffle à nos partis et j'ai également pu constater que l'interaction entre les jeunes et les représentants plus expérimentés peut mutuellement bénéfique. Encore une fois, la tolérance, la compréhension, la vision européenne et mondiale, la volonté sans faille d'apprendre des cultures, des pays et des peuples sont si fortes parmi les jeunes que je terminerai par une réponse très simple: allez-y! Engagez-vous! Faites vos choix! Votre vie n'en sera qu'enrichie.

Vous savez, la
vie est trop courte pour ne pas en profiter.



 

Elsa: Cher President, dans le cadre de l'Europe sociale, j'aimerais savoir: combien de victimes faudra-t-il encore pour que l'Europe définisse les bonnes politiques (éducation, législations, etc.) afin de protéger les enfants d'abus physiques et psychologiques? Selon moi, les enfants sont l'avenir, notre avenir et nous devons leur garantir un système. Que faire en tant que parti pour faire en sorte que la Commission et les gouvernements avancent dans cette voie? Merci
PN Rasmussen: Chère Elsa, vous avez tout à fait raison. Je ne peux imaginer quelque chose de plus horrible que des enfants maltraités. Nous devons réagir tous ensemble. J'ai le sentiment que nous avons besoin d'une nouvelle série de valeurs communes pour protéger nos enfants et commencer le plus en amont possible. Mon expérience est que dans de nombreux pays, lorsqu'une infirmière rencontre les heureux parents avec leur nouveau-né, c'est elle qui peut être le premier pont pour garantir un bon point de départ pour cet enfant. J'ai pu le constater dans de nombreux exemples positifs d'intégration de familles immigrées, ou encore socialement exclues, des mères célibataires, etc.

Je suis aussi convaincu que des services à la petite enfance systématique en tant que possibilité pour toutes les familles sont fondamentaux dans les sociétés modernes. Vous voyez, c'est là que les enfants apprennent à socialiser, prendre conscience des autres, particulièrement dans le sud de l'Europe, les crèches et garderies sont des conditions sine qua non pour garantir la participation des femmes au marché de 'emploi, une égalité de traitement, etc.


faeles: Quelle est la position du PSE sur les fonds de pension européens pour contrecarrer les fonds de pensions américains? E
PN Rasmussen: Cher faeles, la première réponse est la transparence. Le moment est venu de définir des règles européennes afin de permettre à tous les consommateurs et travailleurs de voir ce qui se passe. En matière de coûts administratifs, d'investissement, de concurrence.

Je vois aussi votre question dans un contexte plus large. Les salariés en Europe doivent se rendre compte de leur propre coresponsabilité pour leurs propres fonds de pension. Pour l'instant, nous ne voyons que les capitaux, etc. comme une façon de spéculer et d'investir au nom des fonds de pension. Il nous faut des règles communes pour garantir des règles de marché claires et transparentes pour ces fonds.

Après tout, nos fonds de pension en Europe sont une partie fondamentale de notre état-providence, une partie de la solution aux changements démographiques. Sans croissance et sans de meilleurs emplois, la véritable valeur de nos retraites ne sera que réduite. Donc, investir acrtivement dans de nouveaux emplois est une élément fondamental afin de garantir le vrai pouvoir d'achat des futurs retraités.


Jette Hougaard: Dear Poul, I want to thank you for the opportunity to make contact with the far away Parlament in EU. My questions are: Will it be possible to make consensus with the other european socialdemocratic parties in EU about environment impact and environmental protection? and the policy of labour market as to EU labours get the same pay as the rest in the country they work in? Jette Hougaard
PN Rasmussen: Chère Jette, oui, certainement. Je pense que les femmes ont toujours été à l'avant-garde dans cette lutte politique pour la durabilité. Tous nos partis sociaux-démocrates ont appuyé le PSE dans nos priorités pour 2006-2007, où nous soulignions un meilleur environnement et une politique de développement durable, comme priorités clés.

J'appelle ça une nouvelle stratégie intelligente de croissance verte. Il en va en matière sociale de même qu'en matière de politique environnementale. Il ne s'agit pas d'un coût mais d'un facteur de compétitivité si on fait bien les choses.


Socialist: how do you evaluate the work of the president of the EU Comission, José Manuel Barroso? Is not the Commission weaker and without a leadership?
PN Rasmussen: Je comprends vos doutes. Dans certains domaines, j'aimerais voir une Commission plus forte. Nous avons besoin d'une ligne plus renforcée pour garantir plus d'emplois et de meilleure qualité. Nous avons encore et toujours besoin d'une base plus solide pour garantir l'Europe sociale dans l'économie mondiale. Nous avons besoin d'une vision - en l'absence d'une vision forte de la Commission, il revient aux partis politiques européens, et donc au PSE, de formuler cette vision.


Oliver: DEar Poul, this is most difinately not a question, but a comment instead... - You did a good job as prime minister in DK, and I sure miss your work..! sorry you resigned your position..
PN Rasmussen: Cher Olivier, merci pour votre message. Dans la vie politique quotidienne actuellement, je souligne encore et toujours que Rasmussen II (Anders Fogh) n'est pas le même que Rasmussen I (moi!). Sérieusement maintenant: le Danemark a besoin d'un nouveau leadership afin de replacer notre pays dans le concert des nations à l'esprit solidaire, ouvertes et engages en faveur de l'Europe.


 
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