

Le président du PSE Poul Nyrup Rasmussen répond aux questions des militants du PSE, juin 2006
Devenez militant/e et posez vos questions aux leaders européens.
Aleksander: Cher Poul, quand sera-t-il possible de voter l'orientation du PSE? Avez-vous prévu de demander aux membres du PSE de voter afin de désigner la personne qui mènera les listes du PSE en 2009? Si oui, quand et comment cela se fera-t-il? Si non, pourquoi?
Poul Nyrup Rasmussen (PNR): Comme vous le savez, le PSE est passé par d'importantes réformes durant les deux dernières années - l'idée est de permettre aux membres individuels de nos partis membres de participer de plus en plus activement au travail du PSE. Le PSE est un parti de partis et ses politiques sont définies sur la base d'une ligne commune accordée entre tous les partis membres. C'est le principe de la démocratie représentative.
En même temps, nous croyons profondément à l'engagement direct d'autant de militants que possible. Une des bases de ma conviction politique est de dire qu'on ne ne donne vraiment un sens à sa vie que quand on entreprend quelque chose. S'engager pour une cause à laquelle on croit est l'une des meilleures choses que peut offrir la politique.
Je crois que nous avons fait un énorme pas en avant pour la démocratie interne du PSE lorsque, au cours de notre Conseil de Vienne, nous avons décidé de lancer les Militants du PSE. En ce qui concerne les listes pour les élections de 2009, selon les traités, elles seront établies sur une base nationale. L'idée d'une tête de liste pour les listes des candidats du PSE aux élections au Parlement européen qu'avait introduite Jacques Delors il y a quelques années est intéressante et mérite d'être débattue.
Saverio: Pourquoi devons-nous appartenir à un parti membre pour être militant du PSE? Pourquoi n'autorisons-nous pas l'existence de membres du PSE sans la contrainte d'être membre d'un parti national? Pourquoi ne pas créer la base du PSE par d'autres canaux que ses partis membres?
PNR: Parce que nous luttons politiquement pour les mêmes valeurs, pour notre modèle et nos idées dans toutes les instances démocratiques: au niveau local, régional, national et à présent au niveau européen. Nous partageons donc les mêmes valeurs en tant que socialistes et sociaux-démocrates mais pas forcément les mêmes instruments pour atteindre nos objectifs communs. Notre idée est de faire participer les militants des partis au travail mené au niveau européen. L'idée de base se fonde sur le même concept de démocratie locale que les partis: on ne s'inscrit pas à un parti national directement. On s'inscrit à une section locale, pour ensuite travailler aux différents niveaux. En devant militant du PSE, vous pouvez à présent travailler au niveau européen.
Antoine: Bonjour, je suis très heureux d'avoir adhéré aujourd'hui, journée de l'Europe au PSE, jusqu'à comprendre que ce n'est pas une adhésion : j'étais considéré déjà comme membre du PSE en tant que membre de parti membre, et là, j'ai accès à des blogs, des forums, des interviews MAIS je ne pourrai pas voter aux Congrès. Je crois donc qu'il y a encore des progrès à faire. Qu'en pensez-vous?
PNR: Nous avons entamé un parcours extrêment intéressant en lançant les militants du PSE, qui nous mènera à terme vers un parti politique fort et réellement européen. Une chose est sûre: le rôle des militants du PSE va évoluer. Nous comptons sur vous pour nous apporter vos idées: pourquoi ne pas venir avec d'autres militants du PSE au Congrès du PSE en décembre. En 2007 nous lancerons, ensemble avec les militants du PSE, une nouvelle initiative véritablement forte. A propos du droit de vote, je vous renvoie à ma réponse à Aleksander mais laissez-moi vous assurer d'une chose: ce sera grâce à votre soutien que nous arriverons à nous améliorer et à développer notre parti commun.
Jesús Espín: Créer un corps de volontaires afin de promouvoir le socialisme partout me paraît super, mais est-ce qu'il est utile d'aider un candidat ou un parti en particulier afin qu’il remporte les élections? Que ferait-on en Italie, où nous avons deux partis membres du PSE ? Ou en France, où les rivalités internes sont très fortes?
PNR: Vous avez raison! Je crois que ce serait une excellente chose que les militants du PSE créent un groupe de volontaires pour aider nos partis nationaux au cours des élections. Pour prendre l'exemple français que vous citez, bien sûr il revient aux militants du Parti socialiste français de choisir leur candidat/e aux présidentielles mais je suis sûr qu'ils seraient ravis d'aider les militants du PSE durant les élections. Il reviendrait donc à chaque parti membre de demander de l'aide et je ne crois pas que l'existence de deux partis membres dans un même pays poserait problème.
Jesús Espín: Je pense qu'il est fondamental d'établir des mécanismes qui permettent d'impliquer et de responsabiliser les citoyens dans la prise de décisions. Comment appliquer le concept d'une société active au niveau local, au niveau des quartiers? Comment organiser les municipalités, surtout dans les grandes villes afin qu'elles ne soient pas un dispositif trop éloigné des citoyens?
PNR: Je suis d'accord, la démocratie au niveau local est fondamentale. Plus vous pouvez impliquer les citoyens, mieux c'est. Dans mon pays, le Danemark, les syndicats et les autres organisations de la société civile participent activement à la prestation de services permettant aux citoyens d'avoir à leur disposition plusieurs canaux pour exprimer leur opinion. Il s'agit donc de créer de nouveaux espaces démocratiques pour la participation. De nouveaux réseaux. De nouvelles oppportunités de faire quelque chose de plus pour les autres et non seulement pour soi! Ce serait intéressant de voir d'autres exemples de comment les socialistes et sociaux-démocrates ont essayé de faire en sorte que la prise de décision se fasse à un niveau plus local. On ne peut pas faire ça dans la théorie uniquement - il faut que ce travail soit concret! La démocratie ne peut stagner, elle doit être modernisée et améliorée constamment, sinon les gens s'ennuient.
Daniel: Cher Poul, je me demande ce que tu penses de la discussion portant sur une Europe plus fédérale. Es-tu d'accord avec ce type de changement ou penses-tu que l'UE doit être basée sur la coopération entre états et gouvernements, tel que prévu depuis le début de la construction européenne?
PNR: Nous devons concevoir notre Europe comme un tout basé sur quatre piliers démocratiques - local, régional, national et européen. Et nous devons être clairs: nous partageons les mêmes objectifs à ces quatre niveaux, les mêmes valeurs sociales-démocrates, mais nous utilisons différents instruments pour atteindre nos objectifs. Aucun pilier ne prime les autres - mais le renforcement du pilier européen sera bénéfique pour tous les autres, y compris les états-nations. Il s'agit d'une construction européenne très particulière: nous sommes allés bien au-delà d'une simple addition de gouvernements nationaux. L'interaction nécessaire pour adopter les législations européennes et le budget européen en sont la preuve. Tout est décidé par le Parlement européen conjointement avec les Conseils des Ministres, sur la base des arrêts de la Cour européenne. Mais je crois que les gouvernements nationaux doivent être plus actifs et expliquer à leurs citoyens ce qu'ils font au sein de l'Union européenne et comment l'Europe aide les états membres. Les parlements nationaux doivent être plus impliqués dans le débat sur les thèmes européens.
Valéry-Xavier: L'Union ne pourra prétendre être une démocratie que lorsque la politique menée dépendra du choix des électeurs. Dans cette perspective, n'est-il pas envisageable que le PSE désigne, en amont des élections européennes de 2009, son candidat à la présidence de la Commission européenne?
PNR: Je suis d'accord, les citoyens doivent pouvoir participer de façon plus directe en Europe. Je crois que si chaque parti politique européen nommait son candidat à la Présidence de la Commission européenne, les campagnes pour les élections européennes seraient plus politiques et porteraient plus sur des thèmes européens. Chaque parti doit présenter son programme pour les cinq prochaines années et les citoyens pourraient voter sur la base d'alternatives claires.
Ribes: la liberté totale de commerce me paraît contraire à une réelle prise en compte des besoins de services publics. Pourquoi ne pas lancer et mettre au point une loi cadre définissant mieux les limites et les liens entre services d'intérêt général et concurrence en laissant les politiques de chaque pays pouvoir déterminer une limitation de la concurrence pour ces services et les biens publics fondamentaux
PNR: Effectivement, je pense qu'il faut un cadre légal pour les services d'intérêt général. Il est vital que les services publics essentiels soient protégés des excès de l'économie de marché. Je suis ravi que le compromis sur la directive services nous ait permis d'avancer vers une protection des services essentiels. Mais il faut encore lancer une action afin de protéger de façon permanente la prestation de services fondamentaux d'une dynamique uniquement axée sur ce qui est rentable. Après tout, nous parlons de personnes.
Guillaume: Cher Poul, tout d'abord un grand merci pour la possibilité enfin d'adhérer en direct au PSE. Je suis français et souvent choqué par le comportement de mes compatriotes. Comment expliquez-vous les difficultés de la délégations française à suivre les consignes du groupe? Pensez-vous qu'un jour, le PS français fera sienne la méthode de consensus qui est à la base de la construction européenne?
PNR: Nous sommes constamment en train d'essayer d'arriver à un consensus et je dois reconnaître que dans presque tous les cas, nos partis nous suivent dans cet objectif. Nos débats peuvent être difficiles parfois mais nous avons su démontrer au cours des dernières années que nous pouvions arriver à définir des positions offensives avec l'accord de tous nos partis membres, y compris le PS français, le Labour britannique, le SPD allemand et tous les autres.
Nick: Il existe un intérêt croissant pour le modèle social nordique alors que le débat sur l'Europe sociale continue. Dans quelle mesure est-il transférable à d'autres pays européens, alors que sa force réside dans la nature unique des relations industrielles dans les pays nordiques?
PNR: Les pays nordiques ont mis au point un modèle social économiquement efficace, socialement juste et compatible avec l'environnement. La présence des sociaux-démocrates au gouvernement et le développement de syndicats forts ont été des éléments-clés de leur succès. Aucun modèle n'est complètement transposable, mais nos idées, notre orientation et notre philosophie bien! Voilà ce que nous débattonsdans le cadre de notre initiative "Pour une nouvelle Europe sociale", à savoir comment nous, socialistes et sociaux-démocrates européens, pouvons nous unir autour de quelques principes communs. Mais une chose doit être claire: la concurrence, une sécurité sociale accrue et plus d'emplois ne sont pas des objectifs contradictoires mais bien des conditions sine qua non l'une de l'autre. Les états-providence scandinaves en sont la preuve.
Amelia: Félicitations pour cette initiative. Qu'attendez-vous des nouveaux militants? Ma seconde question concerne les Africains qui cherchent à atteindre l'Europe. En Espagne, on voit tous les jours des centaines de gens à bord d'embarcations sur l'Atlantique et, malgré les efforts des secours, des centaines d'entre eux se sont déjà noyés. Croyez-vous que l'Europe doive intervenir pour éviter ce drame?
PNR: Merci de votre soutien. Nous sommes très heureux d'avoir lancé les militants du PSE. Je sais que vous attendiez tous de pouvoir devenir militants du PSE depuis longtemps. A présent, à vous la parole: je demande aux militants de participer à la vie du PSE, de contribuer à ses débats et activités: développons une pensée plus européenne dans nos actions politiques et à tous les niveaux! Ensemble, nous pourrons marquer la différence! Le drame humanitaire des immigrés qui meurent en essayant d'entrer dans l'UE est inacceptable - nous devons trouver les moyens d'augmenter le niveau et les conditions de vie dans les pays d'origine de ces immigrés. L'UE doit prendre l'initiative en ce sens moyennant une politique de développement cohérente. Et l'Europe doit être la conscience sociale du monde et définir une politique européenne d'immigration et d'asile pour l'immigration légale ainsi que des normes communes pour la protection des droits fondamentaux des immigrés et demandeurs d'asile.



