
Interview des militants du PSE : Eero Heinäluoma, juillet 2006
En juin 2006, vous pourrez poser vos questions sur la présidence finlandaise de l'UE qui débutera le 1er juillet au ministre finlandais des finances Eero Heinäluoma. Quelles sont les priorités finlandaises pour l'agenda européen?
Devenez militant/e et posez vos questions aux leaders européens.
Katherina: Cher Eero, la présidence finlandaise commencera bientôt. Quel sera le plus grande résultat que vous espérez obtenir durant votre présidence?
Eero Heinäluoma: J’espère qu’on se souviendra de la présidence finlandaise comme celle qui a réussi à restaurer la confiance des citoyens envers le projet européen. Cela ne sera possible que moyennant des résultats concrets, comme le fait d’arriver à un nouveau consensus sur l’élargissement, d’orienter les relations UE-Russie vers une nouvelle direction stratégique et de renforcer la compétitivité européenne en investissant dans la recherche et l’innovation. La présidence finlandaise oeuvrera en ce sens avec efficacité et transparence.
Aleksander: Cher camarade, Estimes-tu qu'un budget de 1,045% du PNB est suffisant pour réaliser tous les objectifs assignés à l'Union européenne ? N'y a-t-il pas une vaste hypocrisie à réclamer des politiques européennes ambitieuses, voire très ambitieuses, et à ne pas lui donner les moyens de les mettre en oeuvre ? Ne crains-tu pas que cela alimente la désaffection -et c'est un euphémisme- des Européens pour la construction européenne?
Eero Heinäluoma: Le résultat obtenu en décembre dernier par les leaders européens n’était pas optimal, certes, mais c’était le meilleur accord qu’on a pu obtenir. A présent, le défi est de tirer le plus grand parti de cet accord. Nous avons également décidé d’entreprendre une révision à mi-parcours du budget européen en 2008/2009. Il s’agit d’un exercice sérieux et nous devons porter un regard nouveau sur la structure du budget européen, y compris de ses institutions et politiques afin de renforcer la capacité opérationnelle de l’Union. Nous devons trouver les manières de garantir la sécurité et le bien-être de nos citoyens et nous avons besoin de nouvelles ressources en ce sens.
Amelia: La recherche scientifique et la connaissance ont une influence certaine sur notre société européenne et notre économie.
Au cours des dernières années, la Finlande a mis en place une politique très intéressante en matière de recherche et de développement (R+D). Avec la Suède, vous avez atteint l'objectif de Lisbonne, avec un investissement dans la R+D de 3% à 3,5%. Toutefois, la plupart des pays de l'Union sont encore très loin de cet objectif. La R+D est-elle une priorité de la présidence finlandaise? Comment pensez-vous que l'UE peut stimuler notre système de R+D? Le Conseil européen de la recherche (CER) commencera ses activités bientôt. Comment pensez-vous que le CER doit contribuer à developper un système européen de R+D plus fort?
Eero Heinäluoma: Nous devons renforcer la compétitivité européenne, c’est-à-dire nous centrer sur la croissance et l’emploi. La recherche et l’innovation sont des éléments clés pour atteindre ce résultat. L’UE est en train d’explorer pour l’instant les manières de créer des marchés favorables à l’innovation, où nous pouvons lancer de nouveaux produits et services. Tous les états membres de l’UE doivent investir davantage dans la recherche et le déve-loppement. La Finlande s’engage à continuer ses efforts et s’est donné des objectifs encore plus ambitieux : atteindre 4% pour 2010.
Edgar: J'aimerais savoir si le budget européen prévoit plus de dépenses militaires que dans les programmes sociaux. J'ai souvent l'impression que l'UE est devenue une alliance militaire plus qu'une confédération qui promeut le bien-être de ces citoyens.
Eero Heinäluoma: L’Union européenne incarne la paix, la sécurité, la prospérité, la démocratie et les droits de l’homme. Il ne s’agit pas d’une alliance militaire, même si elle a assumé plus de responsabilité dans la gestion des crises internationales dans certaines régions comme les Balkans occidentaux. L’objectif premier de l’Union, tel qu’il est reflété par sa structure budgétaire, est civil et consiste à garantir le bien-être de ses citoyens.
Edgar: Vous êtes-vous jamais dit que le fossé économique entre les riches et les pauvres est en train ds s'accroître en Europe? Je crois aussi que c'est la faute du marché unique européen, qui crée une concurrence entre les états. L'Europe n'a-t-elle pas besoin de mécanismes pour empêcher l'érosion de notre niveau de vie? Pourquoi les états européens ne se mettent-ils pas d'accord pour taxer dans une plus grande mesure les riches et les multinationales?
Eero Heinäluoma: Le projet européen vise à étendre le bien-être économique et la prospérité à tous les Européens dans toutes les régions de l’Union. L’UE utilise les fonds de cohésion et les fonds structurels pour diminuer les disparités entre les différents pays et régions. En fait, dans les nouveaux états membres, il existe un plus grand potentiel de croissance et plus de dynamisme et ces pays avancent rapidement dans leurs efforts de rattrapage par rapport au niveau de vie des anciens états membres. Ce potentiel et ce dynamisme profitent à tous.
Eva: Cher camarade, les Français et les Néerlandais ont décidé de voter "non" à la constitution et beaucoup de pays ont reporté leur référendum parce qu'ils n'allaient pas obtenir un "oui" de leur population. Je ne vois pas comment la constitution sera ratifiée dans tous ces pays. Pourquoi la Finlande ratifie-t-elle la constitution alors qu'il n'ya pas d'espoir qu'elle soit adoptée sous sa forme actuelle?
Eero Heinäluoma: La Finlande utilise la période de réflexion de façon efficace. Le Parlement et le Gouvernement sont arrivés à la même conclusion et ont décidé de ratifier le traité. Le Traité constitutionnel a été adopté et signé par tous les états membres de l’UE. Il revient à chacun des états membres d’apporter sa propre réponse à sa ratification. C’est le droit de tous les états membres, et je dirais même que c’est leur devoir.
Kris: Cher Eero,
Quelles actions sont-elles prévues pour sortir de l'impasse sur la ratification de la constitution européenne? N'est-ce pas dangereux d'attendre jusqu'à la deuxième moitié de 2007 avant de proposer une solution?
La Finlande étant un pays "plus petit" au sein de l'UE, et sachant par expérience que les solutions proposées par les pays "plus petits" sont plus facilement acceptées par les plus "grands", je suis certain qu'une proposition finlandaise a cette crise ne serait pas vue comme une provocation ni comme une source de rivalité.
Eero Heinäluoma: Le Conseil européen a mandaté les futures présidences à faire avancer le processus. L’année dernière a mar-qué l’ouverture d’une année de réflexion. A présent, il faut nous concentrer sur le fait d’apporter des résultats concrets et de mettre en œuvre des projets. Nous pouvons faire beaucoup de choses en utilisant les possibilités offertes par les traités européens existants. L’année prochaine, la présidence allemande présentera également au Conseil européen un rapport d’évaluation sur l’état des discussions par rapport au Traité constitutionnel, afin d’explorer des pistes futures. La Finlande compte lancer ces travaux et les discussions sous sa présidence.
Adam: Ici, aux Pays-Bas, beaucoup de personnes sont assez sceptiques par rapport au projet européen. Beaucoup de citoyens pensent en effet que ce projet est trop éloigné des gens ordinaires. Comment allez-vous essayer de restaurer la confiance dans l'UE?
Eero Heinäluoma: Comme je l’ai dit précédemment, nous devons nous concentrer sur les résultats et les projets concrets qui profi-teront à tous les Européens. Nous devons écouter attentivement les préoccupations des citoyens européens. Nous devons également être capables de mieux expliquer les décisions européennes, sans nous cacher derrière le jargon européen. Les décisions doivent être prises au niveau national si c’est là le niveau le plus efficace pour obtenir des résultats. Nous devons mieux nous réglementer et nous débarrasser de toutes les directives ridicules.
Jan: J'apprécie énormément que le PSE ait lancé l'initiative des Militants du PSE, afin de donner aux membres des partis nationaux la possibilité de participer à la politique européenne. Mais j'ai l'impression que l'UE est trop éloignée des gens et il est très difficile d'obtenir des informations sur l'agenda quotidien de l'UE. Que peuvent faire les sociaux-démocrates pour rendre l'UE plus démocratique?
Eero Heinäluoma: J’espère que la présidence finlandaise restera gravée dans les mémoires comme celle qui a réussi à rappro-cher l’UE de ses citoyens. Tous les Européens et décideurs nationaux ont un rôle à jouer en ce sens. Je pense que le message sera d’autant mieux reçu s’il est communiqué par des visages connus dans un langage qui est compréhensible pour les citoyens. Le projet européen est notre projet commun et nous devons tous faire passer ce message. Nous devons parler davantage des décisions prises à Bruxelles et de leur incidence sur la vie quotidienne des gens.



