

La controverse sur les caricatures n'a rien d'un "choc des civilisations"
Discours au Parlement européen sur 'l'affaire des caricatures' par Poul Nyrup Rasmussen le 15 février
Il est terrible et très perturbant de voir des personnes se faire tuer, de voir brûler des drapeaux de mon pays et d'autres, de voir les attaques sur les ambassades et entendre des appels au boycott qui valent à de nombreux innocents de perdre leur emploi.
C'est d'autant plus regrettable que l'histoire des pays pris à partie est fondée sur la tolérance, la compréhension et le respect des autres. Nous avons toujours été parmi les premiers à promouvoir la solidarité internationale afin d'aider les pauvres à travers le monde au niveau économique et politique. Nous avons toujours été d'ardents défenseurs de la justice et du droit des peuples à vivre dans un état constitutionnel dans le cadre d'une coexistence pacifique - en particulier en Palestine.
Il est donc tout à fait essentiel que la violence engendrée par ces caricatures dans un journal danois cesse. Elle ne doit pas se transformer en un clivage plus vaste entre l'Europe et le monde musulman. Il n'y a pas de choc entre civilisations - et il n'y en aura pas non plus à l'avenir.
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L'Europe représente tout ce qui est contraire à la xénophobie et à l'intolérance. Les valeurs de l'Europe sont basées sur le respect mutuel des peuples et des religions. Notre propre histoire, marquée par des conflits sanglants, nous a enseigné la coexistence dans la compréhension mutuelle et la sagesse dans la dignité.
Cela étant dit, la première chose que je dirais au monde musulman d'aujourd'hui et à tous les citoyens en Europe est : la liberté d'expression ne peut être remise en question. Aucun gouvernement, aucun citoyen ne peut remettre en question cette liberté. Mais la liberté d'expression ne s'exerce pas en vase clos. Elle doit être exercée de façon responsable.
Et nous ne pouvons compromettre le respect des autres peuples et des religions. Il s'agit là aussi d'un élément fondamental des droits de l'homme, du fondement même de l'Europe et des Nations Unies. Par conséquent, la liberté d'expression et le respect mutuel doivent aller de pair.
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J'aimerais utiliser mon droit à la liberté d'expression justement pour me dissocier de la décision de ce journal danois de publier les caricatures du prophète Mahomet il y a quelques mois. Il s'agit d'un acte arrogant et d'un manque de respect, indiquant une ignorance totale de l'Islam.
Ces caricatures n'expriment pas l'opinion des citoyens ordinaires au Danemark. Nous sommes bien conscients que nous n'avons pas à critiquer les autres ni à mépriser ce que d'autres considèrent comme sacré, afin d'aimer notre propre patrie.
Je sais qu'en Europe, beaucoup de personnes ne comprennent pas le refus du premier ministre danois de rencontrer les ambassadeurs du monde arabe. Je ne le comprends pas non plus. Mais ce qui est fait, est fait. Et surtout, n'oublions pas que le gouvernement danois a ensuite usé de sa liberté d'expression pour mettre l'accent sur le respect des autres peuples et de leur religion. Il nous faut donc voir plus loin.
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Nous voulons envoyer aujourd'hui un message clair. Nous sommes déterminés à ignorer les nouvelles provocations que peuvent utiliser les extrémistes de tout poil en Europe et dans le monde musulman afin de susciter la violence et l'intolérance et de créer de nouveaux préjugés sur les uns et les autres.
Nous avons déjà assisté tellement de fois à ce genre de manipulations de la part des partis xénophones et populistes en Europe - et des mouvements extrémistes dans le monde musulman. Nous disons 'non' à tous ceux qui prétendent que c'est "eux contre nous".
Pendant trop longtemps, les extrémistes des deux bords ont eu la latitude de diffuser leurs messages fallacieux. Pire encore, ils ont mis le feu aux poudres, suscitant haine, peur et préjugés et ils ont rallié un certain public à leur cause. Il est temps que les voix modérées et responsables prennent les choses en mains afin de démontrer clairement et sans ambiguïté qu'une autre voie est possible.
En Europe, nous ne voulons pas jeter de l'huile sur le feu des extrémistes. Ici, au Parlement européen, nous avons un message clair: nous voulons unir toutes nos forces afin d'entamer un dialogue nouveau et bien plus fort avec le monde musulman basé sur le respect inconditionnel des uns et des autres - un respect qui s'étend au-delà des frontières et qui s'applique à tous les peuples et à toutes les religions.
Nous savons que nous vivons dans un monde globalisé, ce qui suppose une responsabilité particulière pour tous. Dans ce monde globalisé, il n'y a pas de "eux contre nous" - nous sommes un tout.
Et non, il n'y a pas de choc entre religions ou entre civilisations. Ce que nous avons vu, ce sont des actes d'ignorance humiliants et insultants. Voilà ce qu'ont utilisé les extrémistes pour appeler à la haine et à la violence.
Toutefois, si on analyse les réactions, nous pouvons dire que ces caricatures et la manipulation dont elles ont fait l'objet de la part des extrémistes sont la goutte qui fait déborder le vase. N'oublions pas les nombreuses années de frustrations sociales et économiques par lesquelles passent de nombreuses sociétés musulmanes. Voyons donc sur quoi peuvent déboucher l'humiliation et l'arrogance de ceux qui ont le pouvoir et l'argent. Ne tombons pas dans le piège de sanctions myopes mais défendons au contraire notre coopération économique et politique. Mais ce qui est fait, est fait.
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Il nous faut aller au-délà de ce que ces caricatures ont suscité. Faisons en sorte que ce soit la dernière chose que les extrémistes puissent utiliser pour susciter la haine.
Que l'étape suivant soit la construction d'un dialogue renforcé sur la façon dont nous pouvons développer et renouveler la coopération entre le monde musulman et l'Europe! Il nous faut à présent regarder vers l'avenir, et c'est maintenant qu'il nous faut nous serrer les coudes. C'est maintenant qu'il faut arrêter la violence, maintenant qu'il faut maintenir la solidarité.
Il est temps de lancer le dialogue.



