

Une nouvelle Europe sociale – un véritable partenariat pour un renouveau
Par
Ferenc Gyurcsány
Premier Ministre de Hongrie
Jiri Paroubek
Premier Ministre de la République tchèque
Göran Persson
Premier Ministre de Suède
Poul Nyrup Rasmussen
Président du Parti Socialiste Européen
Ancien Premier Ministre du Danemark (1993-2001)
Le débat public au sujet de la modernisation des modèles sociaux européens, qui faisait l’objet du sommet informel de Hampton Court et qui se poursuit au Conseil européen cette semaine, a permis de clarifier la vision que nous avons de notre modèle social. Tous les partis socio-démocrates d’Europe ont décidé de développer une orientation future commune d’action et de réforme, non seulement au niveau de nos États, mais également au niveau européen. Nous nous sommes engagés pour le développement d'une nouvelle Europe sociale, plus proche des préoccupations de nos concitoyens et permettant de mieux maîtriser la mondialisation.
En effet, en tant que sociaux-démocrates européens, il est de notre responsabilité de moderniser nos systèmes sociaux au 21e siècle. Dans le monde d’aujourd’hui la mondialisation renforce l’importance des institutions et des politiques publiques. La dimension sociale de nos économies - droits sociaux, protection et dialogue social - doit être au cœur de notre action qui vise à garantir que tout un chacun puisse faire face au changement économique et garde confiance dans son avenir. Cette modernisation doit aller de paire avec une croissance nouvelle plus riche en emplois. Nous devons offrir plus d’emplois et des emplois de meilleur qualité, une plus grande compétitivité et une nouvelle sécurité sociale.
Nous, responsables politiques socio-démocrates, nous engageons pour une Europe sociale. Pour nous, l’Europe sociale représente un ensemble de valeurs communes, partagées entre les États membres : égalité, justice sociale, solidarité et prospérité pour tous, qu’il s’agisse du Danemark, de la Suède, de la Hongrie, de la République tchèque, ou de tous les autres États membres de l’Union européenne. L’Union européenne est pour nous un outil essentiel de sauvegarde et de renforcement de ces valeurs dans un monde globalisé.
A cet égard, des représentations erronées sont apparues au cours des derniers mois : d’abord que le « modèle » scandinave devait être exporté vers le reste de l’Europe; et ensuite que les systèmes sociaux et du marché du travail des nouveaux États membres représentaient une menace pour les systèmes scandinaves. Ces fausses oppositions n’ont aucun rapport avec la conception commune de la sociale-démocratie, que nous avons la volonté de poursuivre ensemble.
Nos modèles sociaux respectifs se sont développés au cours du temps, dans le contexte de notre histoire, de notre géographie et de l'évolution de nos sociétés. Nous devrions bien entendu partager nos expériences et nos bonnes pratiques. Mais cela ne signifie pas qu’il faut exporter un « modèle » ou essayer d’imposer un système social d’un pays à un autre.
Il est important de prendre conscience du fait que les pays d’Europe centrale et de l’Est ne forment pas un bloc homogène et qu’ils ne doivent pas être uniformément considérés comme des économies où les coûts salariaux et les normes sociales sont faibles, où le taux de chômage est élevé et la pauvreté extrême. Les politiques sociales et les droits en matière d’emploi sont bien ancrés en République tchèque et en Hongrie. Le chômage y est plus bas que dans bon nombre d’anciens États membres et nous avons des niveaux d'inégalité de revenus plus proches de ceux de la Suède et du Danemark que de ceux de l'Estonie et de la Grèce. En tant que sociaux-démocrates, nous faisons cause commune en nous opposant à tout dumping social quel qu’il soit. Chaque nouvel élargissement nous offre un nouveau potentiel de croissance et d’emploi dont nous devons tirer avantage autant que possible.
Nous croyons que l’achèvement du Marché Intérieur ouvrira la voie vers une plus grande prospérité dans l’Union européenne. Ce faisant, nous devrons assurer l'avenir des droits et des pratiques - y compris des traditions établies de conventions collectives et de salaires négociés – dont les travailleurs devraient disposer et continuer à bénéficier. Les travailleurs d’un pays ne devraient jamais entrer en concurrence avec ceux d’un autre pays. Cet aspect est fondamental pour l’avenir du projet européen. Le Marché Intérieur peut et doit être compatible avec les droits des travailleurs. L’affaire Vaxholm, qui fait actuellement l’objet de discussions à la Cour européenne de Justice, montrera si l'actuelle législation communautaire offre une protection suffisante aux systèmes nationaux de conventions collectives.
En outre, les droits et libertés, tels qu’ils sont établis au niveau européen, devraient bénéficier à tous les travailleurs : tant ceux de l'Union des quinze que ceux des nouveaux États membres. En rejoignant l’UE, nous avons souscrit pleinement aux quatre libertés de circulation– des biens, des personnes, des services et des capitaux – comme un moyen d’offrir une prospérité plus grande à nos propres pays et citoyens et ceux des autres.
Il n’est sans doute pas étonnant que certains travailleurs des nouveaux États membres soient aujourd’hui déçus par une Union dans laquelle ils se sentent relégués au rang de citoyens de second plan. Nous privilégions une double approche pour la création d'un marché européen de l'emploi ouvert. Les mesures transitoires, limitant la libre circulation des travailleurs des nouveaux États membres, devraient disparaître rapidement. Les travailleurs des nouveaux États membres devraient posséder les mêmes droits et opportunités que ceux des anciens États pour trouver un emploi et vivre dans n'importe quel pays de l'Union. Mais en même temps, il devrait être clair qu'un État membre qui accueille des travailleurs et des entreprises étrangères a le droit d'exiger que tout travail effectué au sein de ses frontières se fasse dans le respect du salaire minimum du pays, des réglementations sanitaires et de sécurité et autres lois en matière de conditions de travail, qu’ils soient établis légalement ou par conventions collectives. Si ce n’est pas le cas, nous courons le risque d’ouvrir les portes au dumping social et de faire le jeu de la droite européenne qui voudrait que l’harmonisation sociale s’assimile à un nivellement vers le bas plutôt qu’à hisser ceux qui sont situés en bas de l’échelle.
Une ouverture renouvelée entre les États membres devrait être accompagnée d’un élan coordonné visant une plus grande compétitivité dans l'Union européenne. Des investissements publics intelligents sont fondamentaux à cet égard : en matière d’éducation, de compétences et de formation professionnelle ; dans les infrastructures et les services sociaux ; au niveau de la recherche, du développement et de l’innovation. Nos efforts pour une croissance économique plus forte doivent combiner réformes structurelles adéquates et des investissements coordonnés générateurs d’emplois. Ce n’est que grâce à un nouveau partenariat pour le renouveau au sein de nos sociétés et entre nos gouvernements que nous pourrons faire de la compétitivité une opportunité pour tous, et non une course au sommet pour quelques-uns.
Le vieillissement démographique, le rythme soutenu de la mondialisation et les avancées technologiques sont des défis communs qui nous concernent tous. La sociale-démocratie est plus pertinente que jamais en tant que projet politique, car les politiques publiques joueront un rôle clé pour maîtriser le changement et pour offrir à chacun de nouvelles formes de sécurité dans un monde globalisé.
Notre élan en faveur de la modernisation doit veiller à ce que la compétitivité économique, la justice sociale et le développement durable se renforcent mutuellement et de façon interdépendante. Cette nouvelle Europe sociale qui est la nôtre doit profiter à tous les citoyens et travailleurs, elle doit reposer sur nos valeurs communes, dans un véritable partenariat pour le renouveau de nos modèles sociaux et pour une confiance renouvelée dans le projet européen.



