Lettre de Poul Nyrup Rasmussen, président du PSE
Publiée dans le Financial Times le 22 septembre 2005
Monsieur, je vois aucunement pourquoi les partisans des réformes économiques devraient être dans le désarroi au vu des résultats de élections en Allemagne, comme vous l’avancez dans votre article « Poll deals blow to advocates of EU economic reform » (Les élections portent un coup aux partisans d’une réforme économique de l’UE), du 20 septembre dernier.
Il est clair qu’une coalition qui n’aurait pu avancer dans la lutte contre le chômage serait nuisible pour tous. Mais il serait plus que tendancieux de présenter Angela Merkel comme une réformiste radicale en Allemagne et de ne pas reconnaître le mérite qu’a eu Gerhard Schröder d’avoir réussi à passer des réformes économiques profondes. Rappelons que les nombreuses années que Madame Merkel a passé au gouvernement d’Helmut Kohl n’ont rien eu de très remarquable.
Ce sont surtout l’approche de M. Schröder dans son plan de réformes et l’échec de Mme Merkel, qui n’a pas réussi à remporter la majorité, qui devraient constituer une leçon pour l’Europe sur la façon de mettre en œuvre des réformes économiques dans un état-providence démocratique. M. Schröder a compris que les réformes doivent s’accompagner de garanties en matière de protection sociale. C’est l’élément que les conservateurs ne prennent pas en compte.
Les gens savent que l’époque des emplois à vie est révolue et que la mondialisation implique des changements. Mais ils n’ont pas une idée claire de l’avenir de la protection sociale dans un monde où les anciennes certitudes sont en train de s’effriter. A moins que l’Europe ne propose une nouvelle vision en ce sens, les citoyens ne seront pas partisans des réformes.
C’est la raison pour laquelle le débat sur « l’Europe sociale » est si fondamental et que le modèle nordique de la « flexicurité » a tellement à offrir. Ce modèle allie une plus grande flexibilité du marché du travail à des garanties en matière de sécurité sociale (revenu garanti durant les périodes de chômage, ainsi qu’accès à l’éducation et à la formation).
Les réformes ne peuvent pas se limiter à rendre le recrutement et le licenciement des travailleurs plus faciles. Il s’agit aussi d’entreprendre des actions pour améliorer l’accès au marché du travail – comme l’adoption d’une législation de lutte contre la discrimination et l’amélioration des systèmes de crèches et garderies. Voilà un autre facteur que les conservateurs ne prennent pas en compte, tant ils ont hâte de démanteler les anciens états-providence, au lieu de les moderniser.
Alors, en attendant l’issue des négociations en Allemagne, tirons un enseignement fondamental – les réformes économiques ne bénéficieront du soutien de la population en Europe que si elles s’accompagnent d’un engagement sincère pour une modernisation de la sécurité sociale, sans en diminuer la portée. Les Allemands n’ont pas fait confiance à Mme Merkel en ce sens. L’approche de M. Schröder pour favoriser la croissance allemande mérite, par contre, un large soutien politique.



