Chantiers pour la social-démocratie
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Un point de vue français sur le congrès - 14-12-2006 12:52:20 - Il faut être connecté pour poster un commentaire. Veuillez vous identifier ou vous enregistrer ici
La famille socialiste européenne est une grande famille et les congrès sont l’occasion d’en mesurer à la fois la force et le potentiel. Le potentiel : 27 pays représentés par 32 partis ! La force : il n’y avait pas que des représentants de partis dans l’opposition ou d’anciens responsables politiques. On a pu ainsi noter la présence d’Alfred Gusenbauer, le vainqueur des élections autrichiennes, qui doit former un gouvernement de coalition social-démocrate, Ferenc Gyurcsány, le Premier ministre hongrois, à la tête d’une majorité social-démocrate élue le 21 avril 2002 et réélue depuis, ou bien sûr, José Sócrates, le Premier ministre portugais, dont la popularité ne faiblit pas.
La présence durant tous les travaux d'Howard Dean, le président du Parti démocrate américain, rappelle qu'il faut investir ce chantier de rapports politiques transatlantiques entre le camp démocrate et la gauche européenne. Il nous faut entendre le message de Walid Joumblatt, venu de son pays à ses risques et ses périls pour demander aux socialistes européens de s’unir dans leur soutien à la démocratie et à l’indépendance du Pays du cèdre.
Un parti plus politique
Le PSE est un parti de partis. Mais depuis ce printemps, son président, Poul Nyrup Rasmussen, a émis la volonté de s’ouvrir aux « militants du PSE » qui, sans être des adhérents directs, peuvent s’exprimer et agir dans un cadre social-démocrate européen.
Jamais un congrès du PSE n'avait rassemblé autant de monde. À côté des délégations des partis – composées de membres des directions nationales, il y eut ces fameux militants du PSE. Ainsi, le désir de nombreux adhérents épris d'Europe d’affirmer leur culture « internationaliste » et leur volonté de travailler par-delà les frontières commence à être satisfait et ce n'est qu'un début...
Réélu dans un parti conforté et agrandi, Rasmussen peut donc continuer à développer le PSE dans une Europe qui a plus que jamais besoin du social. D’ailleurs, jamais un texte aussi important sur l’Europe sociale n’avait été adopté par le PSE, vote qui signa une des grandes victoires de la contribution des socialistes français : tout d’abord, un amendement de militants du PSE a pu être repris et soutenu par les députés français. Surtout, le texte final reprend l’objectif d’une directive sur les services publics.
L’adoubement de Ségolène Royal
La candidate socialiste fut probablement la personnalité la plus attendue, d’autant plus que Tony Blair et José Luis Zapatero étaient absents. Elle intervint à la séance d'ouverture, après Poul Nyrup Rasmussen et José Sócrates.
Le discours de Porto a quelque chose de fondateur, si on considère que Ségolène Royal incarne la première génération politique de l'après-guerre. Une génération pour laquelle l'Europe est moins une réalité à laquelle il faut se plier par pragmatisme, que le cadre désormais naturel de la perception, de l'élaboration et de la réalisation de l'action politique.??Il fallait donc marquer le coup. Ce que Ségolène Royal a fait en appelant le PSE à être un parti politique qui affirme ses priorités et son autorité en fixant clairement des objectifs qui soient la feuille de route des gouvernements de gauche.??Un contrôle politique de la Banque centrale européenne, l'exigence d'une politique étrangère commune sont des normes qu'il faut adopter. C'est ainsi qu'on fera passer l'Europe du statut de géant économique et de nain politique à celui de géant économique, de géant politique et de modèle social.
Une voie social-démocrate en Europe
Le congrès de Porto se situait dans un contexte international qui n’en finit plus de démontrer l’urgence d’une voie social-démocrate en Europe. Les États-Unis ont enfin pris conscience de leur ensablement fatal en Irak. La tournée de Ségolène Royal au Proche-Orient a redonné de la crédibilité au rôle que l'Europe peut jouer dans le monde face à la mondialisation libérale et au repli nationaliste. Jacques Delors ne s’y est pas trompé qui a rappelé, dans un discours très offensif et chaudement applaudi, que « entre le monde et la nation, il y a l'Europe ».
Dans son discours, Rasmussen a salué la construction d’une alliance progressiste en Pologne, qui sera la base d’un nouveau centre gauche, alternatif au régime des jumeaux populistes. De même, il a félicité Romano Prodi et Piero Fassino, qui sont en train de construire la plus grande force progressiste d’Italie. « Au siècle dernier, nous avons créé un mouvement commun pour l’État providence, maintenant, il nous faut faire la même chose au-delà des frontières, un compromis progressiste sur les sujets qui importent aux gens : l’emploi, les services publics, le changement climatique et la bonne gestion d’entreprise. »
Il faut maintenant lancer de grandes campagnes pour que les résolutions du PSE soient intégrées aux stratégies politiques. Comme le disait Poul "our politcis must match our policies".
Le congrès de Porto fut un succès qui doit en précéder d’autres. L’espoir est permis de voir une gauche social-démocrate renforcée aborder les enjeux à venir. N’est-ce pas du Portugal que partirent les premiers navigateurs pour faire le tour du monde ?
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